La Bible parle bien des règles, du sang menstruel et de l’impureté associée dans la loi de Moïse. Pour un chrétien qui se demande si faire l’amour pendant les règles est un péché, il faut distinguer le texte biblique, son contexte rituel et son application dans la Nouvelle Alliance.
Les versets bibliques à lire avant de conclure
Le passage le plus souvent cité se trouve dans Lévitique 15:19-20. Il dit qu’une femme ayant ses règles est considérée comme impure pendant 7 jours, et que quiconque la touche devient impur jusqu’au soir. Le texte précise aussi que ce sur quoi elle se couche ou s’assied devient impur.
Ce vocabulaire surprend aujourd’hui, car le mot impur est souvent compris comme une accusation morale. Dans le Lévitique, il désigne d’abord un état rituel temporaire, lié au culte, au contact avec le sang, aux écoulements corporels et aux règles de séparation de l’Ancien Testament.
Lévitique 15 ne parle pas seulement de sexualité
Le chapitre 15 traite aussi des écoulements masculins, des pertes corporelles et de la purification. Il ne vise donc pas uniquement les menstruations ni la sexualité conjugale. Sa logique est plus large, car elle organise la vie religieuse d’Israël autour de la sainteté, de la séparation rituelle et du rapport au corps.
Dans ce cadre, la période des règles n’est pas présentée comme une faute personnelle. La femme ne fait rien de mal en ayant ses règles. Le texte constate un état temporaire, avec des conséquences rituelles pour elle et pour ceux qui entrent en contact avec ce qui est déclaré impur.
Les versets connexes qui durcissent la lecture
Certains lecteurs citent aussi Lévitique 18:19, qui interdit de s’approcher d’une femme pendant son impureté menstruelle, et Lévitique 20:18, qui évoque le rapport sexuel pendant les règles dans une formulation beaucoup plus sévère. Ces passages expliquent pourquoi, dans certaines traditions, l’interdit est compris de manière stricte.
Une lecture littérale de la loi mosaïque voit bien dans ces textes une interdiction des rapports sexuels pendant les règles. La question chrétienne devient alors celle de leur application, ou non, aux croyants vivant sous la Nouvelle Alliance.
Impureté rituelle, péché moral : une distinction décisive
Dans la Bible, tout ce qui est appelé impur n’est pas nécessairement un péché moral. Toucher un mort, avoir certaines maladies de peau, manger certains animaux dans la loi ancienne ou connaître un écoulement corporel pouvait rendre rituellement impur. Cela ne signifiait pas toujours que la personne avait volontairement désobéi à Dieu.
Cette distinction est essentielle pour ne pas transformer chaque règle de pureté en condamnation de conscience. L’impureté rituelle concerne l’ordre symbolique du culte d’Israël. Le péché moral concerne une rupture volontaire avec la volonté de Dieu, comme la violence, l’adultère, le mensonge, le mépris de l’autre, l’idolâtrie ou l’injustice.
| Notion | Dans le Lévitique | Application chrétienne fréquente |
|---|---|---|
| Impureté rituelle | État temporaire lié au corps, au sang ou au culte | À lire dans son contexte d’Ancien Testament |
| Péché moral | Désobéissance ou faute devant Dieu | Évalué à la lumière de l’amour, de la fidélité et de la conscience |
| Tabou culturel | Peut entourer le sang et les règles | À distinguer d’un commandement biblique directement applicable |
La difficulté vient de la charnière entre deux mondes. D’un côté, un système rituel où le corps sert de langage symbolique pour parler de sainteté. De l’autre, une vie conjugale contemporaine où la décision se prend dans l’intimité, la conscience et le respect mutuel. Si l’on oublie cette articulation, on force le texte soit vers un légalisme rigide, soit vers une banalisation qui ne l’écoute plus. La bonne question n’est donc pas seulement “est-ce permis ?”, mais “quel principe spirituel ce texte cherche-t-il à préserver : la révérence devant la vie, le respect du corps, la maîtrise du désir ou la pureté du culte ?”
Lecture littérale ou lecture dans la Nouvelle Alliance
Les chrétiens ne lisent pas tous ces textes de la même manière. Certains maintiennent une continence pendant les règles par fidélité à une lecture littérale, par tradition ecclésiale ou par conviction personnelle. D’autres estiment que les lois de pureté du Lévitique ne s’imposent plus de la même façon depuis le Christ.
La lecture littérale : prudence et continence
Dans une lecture littérale, les interdits de Lévitique 15, 18 et 20 gardent une valeur normative. Le couple choisit alors de s’abstenir pendant les règles, non par dégoût du corps féminin, mais par obéissance à ce qu’il comprend comme une limite biblique.
Cette position peut être vécue paisiblement si elle est partagée, non imposée et libérée de toute humiliation. Elle devient problématique lorsqu’elle associe les règles à une honte, à une infériorité spirituelle ou à une culpabilité automatique de la femme.
La lecture chrétienne contextuelle : l’Esprit plutôt que la lettre seule
Une autre lecture s’appuie sur le fait que le Nouveau Testament relit la loi ancienne à partir du Christ. 2 Corinthiens 3:6 formule ce principe par une phrase souvent citée : “la lettre tue, mais l’Esprit fait vivre”. L’idée n’est pas de mépriser l’Ancien Testament, mais d’en chercher l’intention profonde.
Dans cette perspective, les lois rituelles d’Israël ne sont pas appliquées mécaniquement aux chrétiens. On ne reprend pas à l’identique toutes les prescriptions concernant les vêtements, les aliments, les contacts corporels ou les purifications. Des passages comme Lévitique 19:19, Deutéronome 22:11 ou Lévitique 11:12 sont souvent cités pour montrer qu’une application littérale uniforme de toute la loi poserait de nombreuses difficultés.
La réponse devient alors plus pastorale. Faire l’amour pendant les règles n’est pas automatiquement traité comme un péché moral dans toutes les lectures chrétiennes. Le discernement porte sur la conscience du couple, le respect du conjoint, la santé, la pudeur et la paix intérieure devant Dieu.
Ce que le Nouveau Testament apporte à la vie conjugale
Le Nouveau Testament parle moins des règles que de l’amour conjugal, de la fidélité, de la maîtrise de soi et du don mutuel. 1 Corinthiens 7:8-9 est souvent cité dans les enseignements chrétiens sur la sexualité, mais le passage le plus directement conjugal se trouve autour de l’idée de ne pas se priver l’un de l’autre sans accord.
Dans certains enseignements, le terme grec apostereo est expliqué comme l’idée de priver ou frustrer l’autre injustement. Le principe n’est pas que chaque désir doit être satisfait immédiatement. Il signifie plutôt que la sexualité dans le mariage doit se vivre dans la réciprocité, sans chantage, sans domination et sans refus utilisé comme arme.
Consentement, respect et conscience
Une décision chrétienne ne peut pas se réduire à une règle abstraite si elle ignore la personne concrète. Pendant les règles, certaines femmes se sentent fatiguées, douloureuses, vulnérables ou simplement peu disponibles. D’autres ne vivent pas cette période comme un obstacle. Le respect commence par écouter cette réalité sans pression.
Un couple peut donc choisir l’abstinence temporaire, non par peur, mais par délicatesse. Il peut aussi, selon sa conscience et sa lecture biblique, ne pas considérer le rapport comme fautif. Dans les deux cas, l’enjeu spirituel reste le même : ne pas instrumentaliser le corps de l’autre et ne pas transformer l’intimité en terrain de contrainte.
Ne pas confondre pudeur et culpabilité
Le sujet reste chargé de tabous. Slate cite une enquête de 2013 menée auprès de 1 007 personnes, selon laquelle 79% des femmes renonçaient tout ou partie à leur vie sexuelle pendant cette période. Ce chiffre montre que la question n’est pas seulement religieuse : elle touche aussi au confort, aux représentations du sang, au désir et à la gêne.
La foi chrétienne peut aider à sortir d’une culpabilité confuse. Les règles ne rendent pas une femme moins digne, moins aimable ou moins spirituelle. Si un couple choisit de s’abstenir, cette abstinence devrait être une décision libre et paisible, non une mise à distance humiliante.
Une réponse équilibrée pour un couple chrétien
La Bible contient bien des textes qui associent les règles à l’impureté rituelle et qui, dans la loi mosaïque, encadrent ou interdisent les rapports pendant cette période. Mais l’interprétation chrétienne varie selon que l’on applique ces prescriptions à la lettre ou qu’on les relit dans la Nouvelle Alliance.
Pour avancer sans angoisse, il est utile de poser trois repères simples. D’abord, lire les passages concernés dans leur ensemble, notamment Lévitique 15:19-20, Lévitique 18:19 et Lévitique 20:18, plutôt que de s’appuyer sur une phrase isolée. Ensuite, distinguer l’impureté rituelle de la culpabilité morale. Enfin, prendre une décision conjugale qui respecte la conscience des deux époux.
- Si votre conviction est de vous abstenir, faites-le comme un choix spirituel partagé, sans mépris du corps féminin.
- Si vous ne voyez pas cela comme un péché, veillez à ne pas mépriser ceux qui choisissent une pratique plus stricte.
- Si l’un des deux est mal à l’aise, l’amour chrétien invite à respecter cette limite sans pression.
- Si la culpabilité devient lourde, parler avec un pasteur, un prêtre ou un accompagnateur spirituel de confiance peut aider à clarifier la conscience.
La réponse la plus solide n’est donc ni le tabou silencieux ni la permission automatique. Elle consiste à lire sérieusement la Bible, à reconnaître le contexte des lois de pureté et à vivre l’intimité conjugale dans l’amour, la liberté responsable et le respect mutuel.


